Du poète écossais Robert Burns
(1759-1796), le poème intitulé Is There For Honest Poverty,
mieux connu sous le nom de A Man's A Man's for A' That.
Is there
for honest poverty
|
Poésies complètes de Robert Burns, traduites de l'écossais par M. Léon de Wailly, Paris, 1843, LXI
Est-ce à
l'honnête pauvreté
|
That hings
his head, an' a' that;
|
À pencher
la tête, etc.?
|
The coward
slave-we pass him by,
|
Le lâche
esclave, nous le laissons de côté,
|
We dare be
poor for a' that!
|
Nous osons
être pauvres après tout.
|
For a'
that, an' a' that.
|
Après
tout, après tout,
|
Our toils
obscure an' a' that,
|
Malgré nos
travaux obscurs, etc.,
|
The rank
is but the guinea's stamp,
|
Le rang
n'est que l'empreinte de la guinée,
|
The Man's
the gowd for a' that.
|
L'homme en
est l'or, après tout.
|
What
though on hamely fare we dine,
|
Qu'importe
que notre chère à dîner soit grossière,
|
Wear
hoddin grey, an' a that;
|
Que nous
portions de la bure grise, etc.?
|
Gie fools
their silks, and knaves their wine;
|
Donnez aux
sots leur soie, et aux vauriens leur vin,
|
A Man's a
Man for a' that:
|
Un homme
est un homme après tout,
|
For a'
that, and a' that,
|
Après
tout, après tout,
|
Their
tinsel show, an' a' that;
|
Malgré
l'éclat de leur clinquant, etc.,
|
The honest
man, tho' e'er sae poor,
|
L'honnête
homme, si pauvre qu'il soit,
|
Is king o'
men for a' that.
|
Est le roi
des hommes après tout.
|
Ye see yon
birkie, ca'd a lord,
|
Vous voyez
ce jeune gaillard, traité de lord,
|
Wha
struts, an' stares, an' a' that;
|
Qui se
prélasse, et regarde fixement, etc.;
|
Tho'
hundreds worship at his word,
|
Quoique
des centaines de gens se prosternent devant sa parole,
|
He's but a
coof for a' that:
|
Ce n'est
qu'un sot après tout;
|
For a'
that, an' a' that,
|
Après
tout, après tout,
|
His
ribband, star, an' a' that:
|
Malgré son
ruban, son étoile, etc.,
|
The man o'
independent mind
|
L'homme
d'un esprit indépendant
|
He looks
an' laughs at a' that.
|
Voit tout
cela et rit de tout.
|
A prince
can mak a belted knight,
|
Un roi
peut faire un chevalier à ceinturon,
|
A marquis,
duke, an' a' that;
|
Un
marquis, un duc, etc.;
|
But an
honest man's abon his might,
|
Mais un
honnête homme dépasse son pouvoir,
|
Gude
faith, he maunna fa' that!
|
En bonne
foi, il n'y saurait parvenir!
|
For a'
that, an' a' that,
|
Après
tout, après tout,
|
Their
dignities an' a' that;
|
Malgré
leurs dignités, etc.,
|
The pith
o' sense, an' pride o' worth,
|
La force
du bon sens et la fierté du mérite
|
Are higher
rank than a' that.
|
Sont des
rangs plus hauts que tout.
|
Then let
us pray that come it may,
|
Prions
donc qu'il advienne,
|
(As come
it will for a' that,)
|
Comme il
adviendra après tout,
|
That Sense
and Worth, o'er a' the earth,
|
Que le bon
sens et le mérite, par toute la terre,
|
Shall bear
the gree, an' a' that.
|
Aient le
dessus, etc.!
|
For a'
that, an' a' that,
|
Après
tout, après tout,
|
It's
coming yet for a' that,
|
Il est
encore à venir après tout,
|
That Man
to Man, the world o'er,
|
Que
l'homme pour l'homme, dans le monde,
|
Shall
brothers be for a' that.
|
Soit un
frère après tout!
|
"L'état d'esprit du soleil levant est allégresse malgré le jour cruel et le souvenir de la nuit. La teinte du caillot devient la rougeur de l'aurore" René Char, Les Matinaux"
dimanche 14 septembre 2014
"Après tout, après tout", c'est à l'Ecosse de décider!
En hommage aux Ecossais qui vont voter pour ou contre leur indépendance ce 18 septembre...
dimanche 7 septembre 2014
Booz endormi...
(...)
Tout reposait dans Ur et dans Jerimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,
Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.
Victor Hugo, La légende des siècles, Booz endormi (extrait)
dimanche 31 août 2014
A la mémoire de Samih Al Qasim, décédé le 19 août 2014
Je résisterai
Par Samih Al Qasim, poète palestinien décédé ce 19 août.
Il était le frère en poésie de Mahmoud Darwich (dont j'ai publié un poème le 9 août dernier).
| Samih Al Qasim (debout) avec Mahmoud Darwich (source photo : Al Huffington Post) |
Je perdrai peut-être – si tu le désires – ma subsistance
Je vendrai peut-être mes habits et mon matelas
Je travaillerai peut-être à la carrière comme porte faix, balayeur des rues
Je chercherai peut-être dans le crottin des grains
Je resterai peut-être nu et affamé
Mais je ne marchanderai pas
O ennemi du soleil
Et jusqu'à la dernière pulsation de mes veines
Je résisterai.
Je résisterai
Tu me dépouilleras peut-être du dernier pouce de ma terre
Tu jetteras peut-être ma jeunesse en prison
Tu pilleras peut-être l'héritage de mes ancêtres
Tu brûleras peut-être mes poèmes et mes livres
Tu jetteras peut-être mon corps aux chiens
Tu dresseras peut-être sur notre village l'épouvantail de la terreur
Mais je ne marchanderai pas
O ennemi du soleil
Et jusqu'à la dernière pulsation de mes veines
Je résisterai.
Tu éteindras peut-être toute lumière dans ma vie
Tu me priveras peut-être de la tendresse de ma mère
Tu falsifieras peut-être mon histoire
Tu mettras peut-être des masques pour tromper mes amis
Tu élèveras peut-être autour de moi des murs et des murs
Tu me crucifieras peut-être un jour devant des spectacles indignes
O ennemi du soleil
Je jure que je ne marchanderai pas
Et jusqu'à la dernière pulsation de mes veines
Je résisterai.
| Samih Al Qasim (source photo : Al Huffington Post) |
dimanche 24 août 2014
Hommage à la philosophe Simone WEIL, décédée le 24 août 1943
LA PORTE
Ouvrez-nous
donc la porte et nous verrons les vergers,
Nous
boirons leur eau froide où la lune a mis sa trace.
La
longue route brûle ennemie aux étrangers.
Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.
Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.
Nous
voulons voir des fleurs. Ici la soif est sur nous.
Attendant
et souffrant, nous voici devant la porte.
S’il
le faut nous romprons cette porte avec nos coups.
Nous
pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
Il
faut languir, attendre et regarder vainement.
Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
Nous
y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment ;
Nous
la voyons toujours ; le poids du temps nous accable.
La
porte est devant nous ; que nous sert-il de vouloir ?
Il
vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance.
Nous
n’entrerons jamais. Nous sommes las de la voir.
La
porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence
Que
ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur ;
Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière
Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière
Fut
soudain présent de part en part, combla le coeur,
Et
lava les yeux presque aveugles sous la poussière.
Simone Weil, octobre 1941
dimanche 17 août 2014
samedi 9 août 2014
En hommage à Mahmoud Darwish, grand poète palestinien mort le 9 août 2008
Avec "Rita et le fusil", Mahmoud Darwish revient sur un amour d'enfance entre le jeune palestinien qu'il était et Rita, petite fille israélienne.
"Rita et le fusil" a été mis en musique et chanté par Marcel Khalifa.
Pour mieux connaître Mahmoud Darwish, l'écouter et écouter "Rita et le fusil" chanté par Marcel Khalifa :

http://onorient.com/mahmoud-darwich-1155-20130511
Entre Rita et mes yeux : un fusil
Et celui qui connait Rita se prosterne
Et adresse une prière
A la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel
Moi, j'ai embrassé Rita
quand elle était petite
Je me rappelle comment elle se blottit tout contre moi
Et comment sa belle tresse couvrit mon bras
Je me rappelle Rita
Comme un oiseau se rappelle son étang
Ah Rita
Entre nous mille oiseaux, mille images
Et d'innombrables rendez-vous
Criblés de balles
Dans ma bouche, le nom de Rita prenait un goût de fête
Dans mon sang, le corps de Rita était une danse
Deux ans durant elle a dormi sur mon bras
Nous prêtâmes serment autour du plus beau calice
Et nous brûlâmes
Dans le vin des lèvres
Et ressuscitâmes
Ah Rita
Qui a pu éloigner tes yeux des miens
Hormis le sommeil
Et les nuages de miel
Avant que le fusil ne se mette entre nous
Il était une fois
O silence du crépuscule
Ma lune a disparu au petit matin
Dans les yeux de miel
Et la ville
A balayé tous les troubadours et Rita
Entre Rita et mes yeux : un fusil
dimanche 3 août 2014
Arauco a une peine que je ne peux pas taire
Violeta Parra chantant Arauco
Arauco tiene una pena
que no la puedo callar,
son injusticias de siglos
que todos ven aplicar,
nadie le ha puesto remedio
pudiéndolo remediar.
Levantate, Huenchullán*
Un día llega de lejos
Huescufe conquistador,
buscando montanas de oro,
que el indio nunca buscó,
al indio le basta el oro
que le relumbra del sol.
Levántate, Curimón.
Entonces corre la sangre,
no sabe el indio que hacer,
le van a quitar su tierra,
la tiene que defender,
el indio se cae muerto
y el afuerino de pie.
Levántate, Manquilef.
Adonde se fue Lautaro
perdido en el cielo azul,
y el alma de Galvarino
se la llevó el viento Sur,
por eso pasa llorando
los cueros de su kultrún**.
Levantate, pues, Callfull.
Del ano mil cuatrocientos
que el indio afligido está,
a la sombra de su ruca***
lo pueden ver lloriquear,
totora de cinco siglos
nunca se habra de secar.
Levántate, Callupán.
Arauco tiene une pena
mas negra que su chamal****,
ya no son los españoles
los que les hacen llorar,
hoy son los propios chilenos
los que le quitan su pan.
Levántate, Pailahuán.
Ya rugen las votaciones,
se escuchan por no dejar,
pero el quejido del indio
¿por qué no se escuchará?
Aunque resuene en la tumba
la voz de Caupolicán,
levántate, Huenchullán.
que no la puedo callar,
son injusticias de siglos
que todos ven aplicar,
nadie le ha puesto remedio
pudiéndolo remediar.
Levantate, Huenchullán*
Un día llega de lejos
Huescufe conquistador,
buscando montanas de oro,
que el indio nunca buscó,
al indio le basta el oro
que le relumbra del sol.
Levántate, Curimón.
Entonces corre la sangre,
no sabe el indio que hacer,
le van a quitar su tierra,
la tiene que defender,
el indio se cae muerto
y el afuerino de pie.
Levántate, Manquilef.
Adonde se fue Lautaro
perdido en el cielo azul,
y el alma de Galvarino
se la llevó el viento Sur,
por eso pasa llorando
los cueros de su kultrún**.
Levantate, pues, Callfull.
Del ano mil cuatrocientos
que el indio afligido está,
a la sombra de su ruca***
lo pueden ver lloriquear,
totora de cinco siglos
nunca se habra de secar.
Levántate, Callupán.
Arauco tiene une pena
mas negra que su chamal****,
ya no son los españoles
los que les hacen llorar,
hoy son los propios chilenos
los que le quitan su pan.
Levántate, Pailahuán.
Ya rugen las votaciones,
se escuchan por no dejar,
pero el quejido del indio
¿por qué no se escuchará?
Aunque resuene en la tumba
la voz de Caupolicán,
levántate, Huenchullán.
Arauco a une peine
que je ne peux pas taire,
ce sont des siècles d’injustice
que tous peuvent constater,
personne n’a trouvé de remède
bien que le remède soit évident.
Lève-toi, Huenchullán*.
Un jour arrive de loin
Huescufe le conquérant,
cherchant des montagnes d’or,
que l’indien n’a jamais cherchées,
car lui se contente de l’or
du soleil qui brille.
Lève-toi, Curimón.
Alors le sang coule,
l’indien ne sait quoi faire,
on va lui voler sa terre,
il doit se défendre,
l’indien tombe mort
et l’étranger reste debout.
Lève-toi, Manquilef.
Où est allé Lautaro
perdu dans le ciel bleu,
et l’âme de Galvarino
c’est le vent du sud qui l’a emportée,
c’est pour cela que pleurent
les peaux de son kultrún**.
Alors lève-toi, Callfull.
Depuis l'an mille quatre cents
l’indien est affligé,
à l’ombre de sa ruca***
on peut le voir pleurnicher,
cinq siècles de roseaux
qui ne vont jamais sécher.
Lève-toi,Callupán.
Arauco a une peine
plus noire que son chamal****,
ce ne sont plus les espagnols
qui les font pleurer,
aujourd’hui ce sont les chiliens eux-mêmes qui leur volent leur pain.
Lève-toi, Pailahuán.
* chef Mapuche
** tambour Mapuche
*** maison traditionnelle Mapuche
**** vêtement de femme Mapuche
Chanson de Violeta Parra, artiste chilienne, 1917-1967 (Trad. M. Millner)
http://www.violetaparra.cl
La chanson évoque le peuple Mapuche qui vit de part et d'autre de la cordillère des Andes, une grande partie au Chili et une autre en Argentine :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mapuches
que je ne peux pas taire,
ce sont des siècles d’injustice
que tous peuvent constater,
personne n’a trouvé de remède
bien que le remède soit évident.
Lève-toi, Huenchullán*.
Un jour arrive de loin
Huescufe le conquérant,
cherchant des montagnes d’or,
que l’indien n’a jamais cherchées,
car lui se contente de l’or
du soleil qui brille.
Lève-toi, Curimón.
Alors le sang coule,
l’indien ne sait quoi faire,
on va lui voler sa terre,
il doit se défendre,
l’indien tombe mort
et l’étranger reste debout.
Lève-toi, Manquilef.
Où est allé Lautaro
perdu dans le ciel bleu,
et l’âme de Galvarino
c’est le vent du sud qui l’a emportée,
c’est pour cela que pleurent
les peaux de son kultrún**.
Alors lève-toi, Callfull.
Depuis l'an mille quatre cents
l’indien est affligé,
à l’ombre de sa ruca***
on peut le voir pleurnicher,
cinq siècles de roseaux
qui ne vont jamais sécher.
Lève-toi,Callupán.
Arauco a une peine
plus noire que son chamal****,
ce ne sont plus les espagnols
qui les font pleurer,
aujourd’hui ce sont les chiliens eux-mêmes qui leur volent leur pain.
Lève-toi, Pailahuán.
* chef Mapuche
** tambour Mapuche
*** maison traditionnelle Mapuche
**** vêtement de femme Mapuche
Chanson de Violeta Parra, artiste chilienne, 1917-1967 (Trad. M. Millner)
http://www.violetaparra.cl
La chanson évoque le peuple Mapuche qui vit de part et d'autre de la cordillère des Andes, une grande partie au Chili et une autre en Argentine :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mapuches
dimanche 27 juillet 2014
Romance sonámbulo
Verde que te quiero verde.
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar
y el caballo en la montaña.
Con la sombra en la cintura
ella sueña en su baranda,
verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Verde que te quiero verde.
Bajo la luna gitana,
las cosas le están mirando
y ella no puede mirarlas.
Verde que te quiero verde.
Grandes estrellas de escarcha,
vienen con el pez de sombra
que abre el camino del alba.
La higuera frota su viento
con la lija de sus ramas,
y el monte, gato garduño,
eriza sus pitas agrias.
¿Pero quién vendrá? ¿Y por dónde...?
Ella sigue en su baranda,
verde carne, pelo verde,
soñando en la mar amarga.
Compadre, quiero cambiar
mi caballo por su casa,
mi montura por su espejo,
mi cuchillo por su manta.
Compadre, vengo sangrando,
desde los montes de Cabra.
Si yo pudiera, mocito,
ese trato se cerraba.
Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa.
Compadre, quiero morir
decentemente en mi cama.
De acero, si puede ser,
con las sábanas de holanda.
¿No ves la herida que tengo
desde el pecho a la garganta?
Trescientas rosas morenas
lleva tu pechera blanca.
Tu sangre rezuma y huele
alrededor de tu faja.
Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa.
Dejadme subir al menos
hasta las altas barandas,
dejadme subir, dejadme,
hasta las verdes barandas.
Barandales de la luna
por donde retumba el agua.
Ya suben los dos compadres
hacia las altas barandas.
Dejando un rastro de sangre.
Dejando un rastro de lágrimas.
Temblaban en los tejados
farolillos de hojalata.
Mil panderos de cristal,
herían la madrugada.
Verde que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas.
Los dos compadres subieron.
El largo viento, dejaba
en la boca un raro gusto
de hiel, de menta y de albahaca.
¡Compadre! ¿Dónde está, dime?
¿Dónde está mi niña amarga?
¡Cuántas veces te esperó!
¡Cuántas veces te esperara,
ara fresca, negro pelo,
en esta verde baranda!
Sobre el rostro del aljibe
se mecía la gitana.
Verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Un carámbano de luna
la sostiene sobre el agua.
La noche su puso íntima
como una pequeña plaza.
Guardias civiles borrachos,
en la puerta golpeaban.
Verde que te quiero verde.
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar.
Y el caballo en la montaña.
Federico García Lorca, Romance sonámbulo, extrait de Romancero gitano
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar
y el caballo en la montaña.
Con la sombra en la cintura
ella sueña en su baranda,
verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Verde que te quiero verde.
Bajo la luna gitana,
las cosas le están mirando
y ella no puede mirarlas.
Verde que te quiero verde.
Grandes estrellas de escarcha,
vienen con el pez de sombra
que abre el camino del alba.
La higuera frota su viento
con la lija de sus ramas,
y el monte, gato garduño,
eriza sus pitas agrias.
¿Pero quién vendrá? ¿Y por dónde...?
Ella sigue en su baranda,
verde carne, pelo verde,
soñando en la mar amarga.
Compadre, quiero cambiar
mi caballo por su casa,
mi montura por su espejo,
mi cuchillo por su manta.
Compadre, vengo sangrando,
desde los montes de Cabra.
Si yo pudiera, mocito,
ese trato se cerraba.
Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa.
Compadre, quiero morir
decentemente en mi cama.
De acero, si puede ser,
con las sábanas de holanda.
¿No ves la herida que tengo
desde el pecho a la garganta?
Trescientas rosas morenas
lleva tu pechera blanca.
Tu sangre rezuma y huele
alrededor de tu faja.
Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa.
Dejadme subir al menos
hasta las altas barandas,
dejadme subir, dejadme,
hasta las verdes barandas.
Barandales de la luna
por donde retumba el agua.
Ya suben los dos compadres
hacia las altas barandas.
Dejando un rastro de sangre.
Dejando un rastro de lágrimas.
Temblaban en los tejados
farolillos de hojalata.
Mil panderos de cristal,
herían la madrugada.
Verde que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas.
Los dos compadres subieron.
El largo viento, dejaba
en la boca un raro gusto
de hiel, de menta y de albahaca.
¡Compadre! ¿Dónde está, dime?
¿Dónde está mi niña amarga?
¡Cuántas veces te esperó!
¡Cuántas veces te esperara,
ara fresca, negro pelo,
en esta verde baranda!
Sobre el rostro del aljibe
se mecía la gitana.
Verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Un carámbano de luna
la sostiene sobre el agua.
La noche su puso íntima
como una pequeña plaza.
Guardias civiles borrachos,
en la puerta golpeaban.
Verde que te quiero verde.
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar.
Y el caballo en la montaña.
Federico García Lorca, Romance sonámbulo, extrait de Romancero gitano
Vert c'est en vert que je t'aime
Vert le vent, vertes les branches.
Le bateau sur la mer
Et le cheval dans la montagne.
Avec une ceinture d'ombre
Elle rêve sur son balcon,
chair verte et cheveux verts,
Avec des yeux d'argent froid.
Vert c'est en vert que je t'aime.
Sous la lune gitane,
Les choses la regardent
Et elle ne peut les regarder.
Vert c'est en vert que je t'aime
De grandes étoiles de givre
Viennent avec le poisson d'ombre
Qui ouvre le chemin de l'aube.
Le figuier frictionne le vent
Avec la peau rugueuse de ses branches
Et le maquis, rusé compère
Hérisse ses agaves aigres
Mais qui viendra ? Et par où... ?
Elle reste sur son balcon
chair verte et cheveux verts
Rêvant à la mer amère.
Compère, je veux changer
Mon cheval pour sa maison
ma monture pour son miroir
Mon couteau pour sa couverture.
Compère, je saigne
Depuis les monts de Cabra.
Si j'avais pu, petit,
Le marché serait conclu.
Mais je ne suis déjà plus moi
Et ma maison n'est plus ma maison. Compère, je veux mourir
Dignement dans mon lit.
D'acier si c'est possible
Avec des draps de hollande.
Ne vois-tu pas ma blessure
De la poitrine à la gorge?
Trois cents roses brunes
Ornent ton plastron blanc.
Ton sang suinte et exhale
autour de ta ceinture.
Mais je ne suis plus moi
Et ma maison n'est plus ma maison. Laissez-moi au moins monter
Jusqu'aux plus hautes balustrades.
Laissez-moi monter, laissez-moi,
Jusqu'aux vertes balustrades.
Balustrades de la lune
Par où retentit l'eau.
Déjà les deux compères montent
Jusqu'aux hautes balustrades.
Laissant une trainée de sang
Laissant une trainée de larmes.
Tremblaient sur les toits
Les lanternes de fer-blanc.
Mille tambours de cristal
Annonçaient l'aube.
Vert c'est en vert que je t'aime
Vert le vent, vertes les branches.
Les deux compères montèrent
Le grand vent laissait
Dans la bouche un goût étrange
De fiel, de menthe et de basilic.
Compère! Où est-elle, dis-moi ?
Où est ma petite femme amère ?
Combien de fois t'a t-elle attendu ?
Combien de fois t'attendra t-elle ?
Visage frais, cheveux noirs,
à cette verte balustrade!
Dans le reflet de la citerne
La gitane se balançait.
chair verte, cheveux verts,
Avec des yeux d'argent froid.
Une chandelle de glace de lune
La maintient sur l'eau.
La nuit s'est faite intime
comme une petite placette.
Des Gardes civils ivres
Frappaient à la porte.
Vert c'est en vert que je t'aime
Vert le vent. Vertes les branches
Le bateau sur la mer
Et le cheval dans la montagne
Vert le vent, vertes les branches.
Le bateau sur la mer
Et le cheval dans la montagne.
Avec une ceinture d'ombre
Elle rêve sur son balcon,
chair verte et cheveux verts,
Avec des yeux d'argent froid.
Vert c'est en vert que je t'aime.
Sous la lune gitane,
Les choses la regardent
Et elle ne peut les regarder.
Vert c'est en vert que je t'aime
De grandes étoiles de givre
Viennent avec le poisson d'ombre
Qui ouvre le chemin de l'aube.
Le figuier frictionne le vent
Avec la peau rugueuse de ses branches
Et le maquis, rusé compère
Hérisse ses agaves aigres
Mais qui viendra ? Et par où... ?
Elle reste sur son balcon
chair verte et cheveux verts
Rêvant à la mer amère.
Compère, je veux changer
Mon cheval pour sa maison
ma monture pour son miroir
Mon couteau pour sa couverture.
Compère, je saigne
Depuis les monts de Cabra.
Si j'avais pu, petit,
Le marché serait conclu.
Mais je ne suis déjà plus moi
Et ma maison n'est plus ma maison. Compère, je veux mourir
Dignement dans mon lit.
D'acier si c'est possible
Avec des draps de hollande.
Ne vois-tu pas ma blessure
De la poitrine à la gorge?
Trois cents roses brunes
Ornent ton plastron blanc.
Ton sang suinte et exhale
autour de ta ceinture.
Mais je ne suis plus moi
Et ma maison n'est plus ma maison. Laissez-moi au moins monter
Jusqu'aux plus hautes balustrades.
Laissez-moi monter, laissez-moi,
Jusqu'aux vertes balustrades.
Balustrades de la lune
Par où retentit l'eau.
Déjà les deux compères montent
Jusqu'aux hautes balustrades.
Laissant une trainée de sang
Laissant une trainée de larmes.
Tremblaient sur les toits
Les lanternes de fer-blanc.
Mille tambours de cristal
Annonçaient l'aube.
Vert c'est en vert que je t'aime
Vert le vent, vertes les branches.
Les deux compères montèrent
Le grand vent laissait
Dans la bouche un goût étrange
De fiel, de menthe et de basilic.
Compère! Où est-elle, dis-moi ?
Où est ma petite femme amère ?
Combien de fois t'a t-elle attendu ?
Combien de fois t'attendra t-elle ?
Visage frais, cheveux noirs,
à cette verte balustrade!
Dans le reflet de la citerne
La gitane se balançait.
chair verte, cheveux verts,
Avec des yeux d'argent froid.
Une chandelle de glace de lune
La maintient sur l'eau.
La nuit s'est faite intime
comme une petite placette.
Des Gardes civils ivres
Frappaient à la porte.
Vert c'est en vert que je t'aime
Vert le vent. Vertes les branches
Le bateau sur la mer
Et le cheval dans la montagne
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