dimanche 23 août 2015

Pipo le magnifique




A l'occasion d'une énième visite dans un grenier familial, je suis tombé par hasard sur un livre de la collection Rouge et Or avec, à l'intérieur, une étiquette portant mon prénom et mon nom. C'était donc un de mes livres, paru en 1958 et conseillé par l'éditeur à partir de 7 ans. Je ne sais pas en quelle année ou à quel âge je l'ai lu. Mais je me suis demandé si, en le relisant, je pouvais retrouver la mémoire de quelque chose de mon passé d'enfant.

Le livre s'intitule PIPO LE MAGNIFIQUE. L'auteur en est Dominique François et les illustrations sont de Françoise Bertier.


Pour connaître l'histoire,vous devrez réussir à retrouver ce livre et le lire. Il y est question de la mort d'un loup terrifiant, de la rencontre avec une petite fille, qui s'est blessée en découvrant un trou au sommet du donjon des couleuvres. Ce trou donne t-il sur une porte, sur un trésor ? Pipo et Claire deviennent proches l'un de l'autre et, tandis que Claire doit rester allongée sur une planche de bois à cause d'une vertèbre fêlée, c'est Pipo qui va mettre toute son énergie à découvrir ce qu'il y a au coeur du donjon. Après bien des péripéties dans lesquelles s'expriment l'animosité de Clovis et l'amitié de ses copains d'école, Pipo découvrira ce que cache le donjon, aidé en cela par le chasseur inconnu qui est en réalité le médecin venu soigner Claire et qui s'avèrera être...


"Sous un rayon de lune glacé, le loup gisait dans la neige déjà rouge de son sang. Son corps affamé et pelé par les cruautés de l'hiver était figé désormais dans une majesté funèbre. Seul son beau regard d'or pâli par l'agonie vivait encore et se posa sur l'enfant sans vengeance, sans reproche, avec une immense douleur.
Pipo, éperdu d'émotion et d'angoisse, fondit en larmes en se sauvant vers la maison"... 


Pipo le magnifique fournit l'occasion de se souvenir, à défaut d'une émotion d'enfance partie en fumée avec le reste, du poème d'Alfred de Vigny sur la mort du loup :

"... Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri."
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               




dimanche 16 août 2015

La Charte du Mandé



En visitant le MUCEM à Marseille, je suis tombé sur cette référence à la Charte du Mandé.


C'est rare d'en entendre parler. Il s'agit d'une charte dont les origines sont lointaines (sans doute au 13ème siècle) et qui s'est transmise par la tradition orale. Il en existe plusieurs versions et plusieurs appellations. Parfois il s'agit du "serment des chasseurs", fait à Soundjata Keita, fondateur de l'empire du Mandé, parfois il s'agit de la charte de Kurukan Fuga. Au début des années 2000, différents historiens, griots et conteurs ses sont réunis pour élaborer un texte commun pour cette charte. Cela a donné un livre (L'Harmattan) et une belle histoire : La Charte du Mandé vue par les yeux du programme Lascaux





Mais il y a d'autres versions intéressantes, dont celle traduite par Youssouf Tata Cissé et Jean-Louis Sagot-Duvauroux (Albin Michel).




En réalité, cette charte énonce au monde entier les premiers droits de l’Homme :
- que toute vie humaine est une vie
- que tout tort causé demande une 
compensation
- que chacune et chacun doit pratiquer l’entraide, doit pouvoir éduquer ses enfants et assurer les besoins de sa famille
- que chacune et chacun doit aussi veiller au pays et à la terre de ses pères
- qu’il n’y a pas pires calamités que la faim et l’esclavage sous toutes ses formes
- que les tourments doivent cesser d’une frontière à l’autre
- que chaque personne doit pouvoir dire ce qu’elle a envie de dire, faire ce qu’elle a envie de faire et voir qui elle a envie de voir.


dimanche 9 août 2015

Ah, que alegria!

Au centre de Buenos Aires, à l'occasion d'une "marche contre Monsanto" le samedi 24 mai 2014, au pied du siège de cette multinationale, j'ai acheté ce recueil, sans doute difficile à trouver en librairie, sur les "anciens chants de la terre" issus des traditions culturelles des indigènes du continent américain. 

 Canto Eskimal (norteamerika)

Ah, el calor del verano sobre la Tierra
Ni un soplo de viento
ni una nube,
y en los montes
pastan los renos.
Ah, los queridos renos
en la lejania azul!
Ah que felicidad!
Ah que alegria!
Me acuesto sobre la Tierra, llorando.


                          Ah, la chaleur de l'été sur la Terre 
                          Ni un souffle de vent  
                          ni un nuage, 
                          et dans les montagnes 
                          paissent les rennes.  
                          Ah, les chers rennes  
                          dans le bleu lointain!  
                          Ah quel bonheur !  
                          Ah quelle joie !
                          Je me couche sur la Terre, en pleurant.
                          (trad FD)

Canto Navajo (norteamerika)
Pour les Navajos, "arriba" est Yadilkil hastkin, l'Homme Ciel, et "abajo" son épouse Niho dzan esdza, la Mère Terre.

La voz que embellece la Tierra!                                      La voix qui embellit la Terre
La voz de arriba,                                                              La voix d'en haut,
la voz del trueno,                                                             la voix du tonnerre,
entre las nubes oscuras                                                    entre les nuages sombres
suena una y otra vez,                                                       elle retentit une fois après l'autre,
la voz que embellece la Tierra                                         la voix qui embellit la Terre
                                                                           
La voz que embellece la Tierra                                        La voix qui embellit la Terre
Lavoz de abajo,                                                                La voix d'en bas,
la voz de la langosta,                                                        la voix de la sauterelle,
entre plantas y flores                                                        entre plantes et fleurs
suena una y otra vez,                                                        elle retentit une fois après l'autre,
la voz que embellece la Tierra                                          la voix qui embellit la Terre
                                                                                          (trad FD)