mardi 22 septembre 2015

Grèce, t'obstineras-tu ?

Aris Alexandrou (1922 - 1978) est un poète et l'auteur d'un unique roman - "La caisse" - qui n'est pas sans évoquer la situation de la Grèce d'aujourd'hui. Quant au poème présenté ici, il a la même actualité en ce jour d'élections peut-être déterminantes de l'avenir du pays. Grèce, t'obstineras-tu ?
Voir : http://www.sitaudis.fr/Celebrations/aris-alexandrou.php

TU T’OBSTINERAS 

Aussi haut puisses-tu monter, ici tu resteras.
Tu trébucheras et tu tomberas ici dans les décombres
à tracer des lignes
ici tu t’obstineras sans contrainte
sans jamais te réfugier dans une commode détresse
jamais dans le mépris
et même si ont la force aujourd’hui ceux qui bâtissent la dévastation
et même si tu vois des colonnes d’hommes partir en rang vers la menuiserie
accepter fièrement
leur chantournement
et se placer dans de strictes cases
comme des pions.
Toi, tu t’obstineras comme si tu mesurais le temps par la succession des pétrifications
comme si tu étais sûr qu’un jour viendra
où les gendarmes et les vigiles tomberont l’uniforme.
Ici dans les décombres ensemencées de sel
que tu le veuilles ou non, tu avanceras
en calculant l’inclinaison à donner aux niveaux
tu t’obstineras, sciant seul les pierres
que tu le veuilles ou non, il te faut acquérir ton propre espace.


Aris Alexandrou, Voies sans détour,  YpSilon, 2014 (édition bilingue).
Traduit du grec par Pascal Neveu.

dimanche 13 septembre 2015

J'aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur coeur se balancer...

Grand merci à Catherine pour m'avoir fait découvrir cette chanson d'Anne Sylvestre. Serez-vous touchés par elle comme je l'ai été ?
En voici le texte, suivi par deux interprétations de la chanson : l'une par Anne Sylvestre et l'autre par le trio magique Jeanne Cherhal, Vincent Delerm et Albin de la Simone.
Mais la chanson est aussi chantée par Carré de Dames, groupe de 4 femmes, dont Anne Sylvestre (Voir ici la présentation de ce groupe)

J'aime les gens qui doutent,
Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer.
J'aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncer.

J'aime les gens qui tremblent
Que parfois ils ne semblent
Capables de juger.
J'aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté.

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons.

J'aime ceux qui paniquent,
Ceux qui sont pas logiques,
Enfin, pas comme il faut,
Ceux qui, avec leurs chaînes,
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot,
Ceux qui n'auront pas honte
De n'être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n'avoir pas su dire
"Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur"

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

J'aime les gens qui n'osent
S'approprier les choses
Encore moins les gens,
Ceux qui veulent bien n'être
Qu'une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants.
Ceux qui sans oriflamme,
Les daltoniens de l'âme,
Ignorent les couleurs,
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l'Histoire
Leur rende les honneurs.

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons.

J'aime les gens qui doutent
Et voudraient qu'on leur foute
La paix de temps en temps,
Et qu'on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps,
Qu'on leur dise que l'âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu'on les remercie
Qu'on leur dise, qu’on leur crie
"Merci d'avoir vécu,
Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu'elles ont pu".

 
J. Cherhal, V. Delerm, A. de la Simone


dimanche 6 septembre 2015

Mes larmes sont bleues tant j'ai regardé le ciel et pleuré



De nouveau un poète syrien, en hommage à un peuple martyr : Mohammad Al-Maghout (1934-2006), poète à l'esprit libre et indépendant et qui l'a payé par la prison et l'exil. Il était le mari de
Hala Mohammad (voir le billet du dimanche 2 août).

Mes larmes sont bleues
tant j'ai regardé le ciel et pleuré
Mes larmes sont jaunes
tant j'ai rêvé des épis d'or
et pleuré

Que les chefs partent à la guerre
les amants aux forêts
les savants aux laboratoires

Quant à moi
je vais chercher un chapelet et une chaise ancienne
pour redevenir tel que j'étais
vieux chambellan à la porte de la tristesse
puisque tous les livres, les constitutions et les religions
assurent que je ne mourrai
qu'affamé ou prisonnier

Le blocus, in Anthologie de poésie arabe contemporaine. Poèmes choisis par Farouk Mardam-Bey - Peintures de Rachid Koraïchi, ACTES SUD JUNIOR, 2007 (édition bilingue)

dimanche 30 août 2015

A Nanael, mon ange gardien

Une nuit, entendant comme un bruit de vent alors que, dormant fenêtre grande ouverte sur des bambous et un rhododendron, les feuilles étaient immobiles, je me suis demandé, je ne sais plus par quels chemins tordus, si j'avais un ange gardien. Peut-être y a t-il eu l'influence du souvenir d'une poétesse québécoise, Anne Hébert (1916 - 2000), qui a écrit un poème intitulé "l'ange gardien" et dont le fonds d'archives est conservé à Montréal, à la Bibliothèque Nationale du Québec que je fréquente à chaque voyage par là-bas.

A partir de là, je me suis demandé si j'avais un ange gardien, qui il était et ce qu'il avait à dire.

Voici d'abord le poème de Anne Hébert, puis la réponse de mon ange.
 

L’ange qui marche obstinément derrière toi
D’un soleil à l’autre
Ne projette aucune ombre sur la route
Pareil au vent qui passe.

Il murmure des paroles graves
Dans l’air plein d’abeilles
Et sans cesse soupèse ton âme en secret
Installe ses balances fines
Jusqu’au cœur noir de la nuit.

Si d’aventure il écartait ses doigts pleins de bagues
Dessus sa face auguste
L’éclat de son feu te surprendrait comme la foudre

Tu verrais du même coup
Dans un éclair
Luire ses hautes bottes vernies
Incrustées de miroirs polis
Et battre ses ailes immenses blanches
Si blanches et douces
Comme de la mousse
D’une telle douceur blanche
Que plus d’un enfant s’y noya
Désirant y poser sa tête.


Hébert, Anne, « Lange gardien», dans Œuvre poétique, Montréal, Boréal, 1992.

Mon ange gardien s'appelle Nanael (ou Nanaël). Je ne l'ai pas choisi. C'est le mien comme celui de celles et ceux qui sont né(e)s entre le 13 et le 16 décembre. Nanael est le 53ème sur les 72 qui composent la hiérarchie des anges gardiens dans la tradition de la Kabbale. Chaque personne a donc un ange gardien déterminé par la date de naissance : Voir ici

La tradition chrétienne leur fait une place significative, même si elle n'est pas très claire : Voir ici

Voici ce que mon ange gardien dit de ses protégé(e)s, né(e)s entre le 13 et le 16 décembre: 

Site internet n° 1 : Voir ici

  • Communication spirituelle
  • Inspire à la méditation
  • Connaissance des sciences abstraites, de la philosophie
  • S’intéresse à la vie spirituelle et à l’enseignement
  • Fasciné par la contemplation des Mondes Supérieurs
  • Mysticisme
  • Aime la solitude et les états méditatifs
  • Facilite la communication avec le Divin 

Site internet n° 2 : Voir ici

"Ce Génie domine sur les hautes sciences; il influe sur les ecclésiastiques, les professeurs, les magistrats, et les hommes de loi.  La personne qui est née sous cette influence aura l'humeur mélancolique; elle aimera la vie privée, le repos et la méditation; elle se distinguera par ses connaissances dans les sciences abstraites."
 A dire vrai, c'est assez bien vu, toutefois à l'exception des défauts et des distorsions qui vont avec et que je ne reproduis pas ici.

 

L’ange qui marche obstinément derrière toi
D’un soleil à l’autre
Ne projette aucune ombre sur la route
Pareil au vent qui passe
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L’ange gardien

L’ange qui marche obstinément derrière toi
D’un soleil à l’autre
Ne projette aucune ombre sur la route
Pareil au vent qui passe.
Il murmure des paroles graves
Dans l’air plein d’abeilles
Et sans cesse soupèse ton âme en secret
Installe ses balances fines
Jusqu’au cœur noir de la nuit.
Si d’aventure il écartait ses doigts pleins de bagues
Dessus sa face auguste
L’éclat de son feu te surprendrait comme la foudre
Tu verrais du même coup
Dans un éclair
Luire ses hautes bottes vernies
Incrustées de miroirs polis
Et battre ses ailes immenses blanches
Si blanches et douces
Comme de la mousse
D’une telle douceur blanche
Que plus d’un enfant s’y noya
Désirant y poser sa tête.
Hébert, Anne, « Lange gardien», dans Œuvre poétique, Montréal, Boréal, 1992.
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L’ange qui marche obstinément derrière toi
D’un soleil à l’autre
Ne projette aucune ombre sur la route
Pareil au vent qui passe
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L’ange qui marche obstinément derrière toi
D’un soleil à l’autre
Ne projette aucune ombre sur la route
Pareil au vent qui passe.
Il murmure des paroles graves
Dans l’air plein d’abeilles
Et sans cesse soupèse ton âme en secret
Installe ses balances fines
Jusqu’au cœur noir de la nuit.
Si d’aventure il écartait ses doigts pleins de bagues
Dessus sa face auguste
L’éclat de son feu te surprendrait comme la foudre
Tu verrais du même coup
Dans un éclair
Luire ses hautes bottes vernies
Incrustées de miroirs polis
Et battre ses ailes immenses blanches
Si blanches et douces
Comme de la mousse
D’une telle douceur blanche
Que plus d’un enfant s’y noya
Désirant y poser sa tête.
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L’ange gardien

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L’ange qui marche obstinément derrière toi
D’un soleil à l’autre
Ne projette aucune ombre sur la route
Pareil au vent qui passe.
Il murmure des paroles graves
Dans l’air plein d’abeilles
Et sans cesse soupèse ton âme en secret
Installe ses balances fines
Jusqu’au cœur noir de la nuit.
Si d’aventure il écartait ses doigts pleins de bagues
Dessus sa face auguste
L’éclat de son feu te surprendrait comme la foudre
Tu verrais du même coup
Dans un éclair
Luire ses hautes bottes vernies
Incrustées de miroirs polis
Et battre ses ailes immenses blanches
Si blanches et douces
Comme de la mousse
D’une telle douceur blanche
Que plus d’un enfant s’y noya
Désirant y poser sa tête.
Hébert, Anne, « Lange gardien», dans Œuvre poétique, Montréal, Boréal, 1992. 
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L’ange gardien

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L’ange qui marche obstinément derrière toi
D’un soleil à l’autre
Ne projette aucune ombre sur la route
Pareil au vent qui passe.
Il murmure des paroles graves
Dans l’air plein d’abeilles
Et sans cesse soupèse ton âme en secret
Installe ses balances fines
Jusqu’au cœur noir de la nuit.
Si d’aventure il écartait ses doigts pleins de bagues
Dessus sa face auguste
L’éclat de son feu te surprendrait comme la foudre
Tu verrais du même coup
Dans un éclair
Luire ses hautes bottes vernies
Incrustées de miroirs polis
Et battre ses ailes immenses blanches
Si blanches et douces
Comme de la mousse
D’une telle douceur blanche
Que plus d’un enfant s’y noya
Désirant y poser sa tête.
Hébert, Anne, « Lange gardien», dans Œuvre poétique, Montréal, Boréal, 1992. 
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