dimanche 15 janvier 2017

Niemandsrose


PAUL CELAN (1920-1970) naît le 23 novembre 1920 dans une famille juive de langue allemande, est né dans une ville austro-hongroise qui a été intégrée à la Roumanie après la Première Guerre mondiale et qui est actuellement en Ukraine. Il est né roumain. Ses parents sont morts dans les camps nazis. Lui-même a été interné en 1943 puis libéré en 1944 par les troupes soviétiques. Il a quitté la Roumanie pour Vienne et ensuite pour Paris où il est devenu français en 1955 et s’est suicidé en 1970. Il a  gagné sa vie comme traducteur et éditeur et il a en particulier traduit en allemand bien des poètes français (dont René Char, ce qui n’a pas dû être facile !), espagnol et anglais. Il a été très marqué par son histoire et celle de sa famille. Son oeuvre poétique s'en fait l'écho.

Le poème reproduit ci-dessous (en français puis en allemand) edst dit par Paul Celan lui-même dans la première des deux vidéos. La seconde vidéo est un documentaire (en français) sur ce grand poète.




 PSAUME


Personne ne nous pétrira de nouveau dans la terre et l’argile,
personne ne soufflera la parole sur notre poussière.
Personne.

Loué sois-tu, Personne.
C’est pour toi que nous voulons
fleurir.
À ta
rencontre.

Un rien.
voilà ce que nous fûmes, sommes et
resterons, fleurissant :
la rose de Rien, la
rose de Personne.

Avec
la clarté d’âme du pistil
l’âpreté céleste de l’étamine,
la couronne rouge
du mot pourpre que nous chantions,
au-dessus, ô, au-dessus
de l’épine.



PSALM
Niemand knetet uns wieder aus Erde und Lehm,
niemand bespricht unsern Staub.
Niemand.

Gelobt seist du, Niemand.
Dir zulieb wollen
wir blühn.
Dir
entgegen.

Ein Nichts
waren wir, sind wir, werden
wir bleiben, blühend :
die Nichts-, die
Niemandsrose.

Mit
dem Griffel seelenhell,
dem Staubfaden himmelswüst,
der Krone rot
vom Purpurwort, das wir sangen
über, o über
dem Dorn.

dimanche 8 janvier 2017

Demain peut-être ce pays sera mien

Parfois, il suffit de peu de mots et aucun commentaire n'est nécessaire. Voici un texte pour compléter celui publié la semaine dernière. Il est d'un poète syrien né le 1er janvier 1930 : Ali Ahmad Saïd Esber. Il publie sous le pseudonyme d'Adonis, en arabe et en français. La Syrie, Alep et le reste : faut-il espérer en 2017 ?




Mon pays peut-être 

Me voici gravissant le matin de mon pays
escaladant ses décombres, ses sommets
Me voici libéré du poids de sa mort
m'éloignant de lui afin de mieux le voir

Demain peut-être ce pays sera mien
Anthologie de poésie arabe contemporaine, poèmes choisis par F Mardam-Bey, éd. bilingue, Actes Sud Junior, 2007, p. 36

dimanche 1 janvier 2017

Les multitudes qui rêvent de leur pain quotidien

 Excellente année à toutes et tous

Abdelwahab Al-Bayati (1926-1999) est un poète né en Irak et mort en Syrie. En cette année 2017, on  peut espérer avoir touché le fond et parvenir enfin au terme des guerres et des atrocités dans ces deux pays. Abdelwahab Al-Bayati fut un militant communiste et il connut la prison et l'exil. Son écriture est de forme moderne et elle a constitué un tournant dans la poésie arabe classique. Derrière la forme, sa poésie est politiquement engagée et révolutionnaire (image du poème en arabe sous la traduction en français)

Tristesse de la violette

Les multitudes qui travaillent
Ne rêvent pas à la mort du papillon
Ni aux tristesses des violettes

Ni au voile qui scintille
Sous la lumière de la lune verte des nuits d'été
Ni aux amours du fou avec son fantôme
Les multitudes qui travaillent
Qui se dépouillent
Qui se déchirent
Les multitudes qui fabriquent le bateau du rêveur
Les multitudes qui tissent les mouchoirs des amants
Les multitudes qui pleurent
Qui chantent qui souffrent
Tout autour de la terre
Dans les usines de fer, au fond des mines
Qui mâchent le soleil des morts certaines
Rient parfois aux éclats
Tombent amoureuses
Mais pas comme le fou d'un fantôme
Sous la lumière de la lune verte des nuits d'été

Les multitudes qui pleurent
Qui chantent qui souffrent
Sous le soleil de la nuit
Rêvent de leur pain quotidien

Anthologie de poésie arabe contemporaine ; Poèmes choisis par Farouk Mardam-Bey, éd. bilingue, Actes Sud junior, 2007

dimanche 25 décembre 2016

Humeur pacifique de Noël

La Baghavad-Gîtâ est un texte généralement daté du 2ème siècle avant JC. Il s'agit d'un dialogue entre Krishna, Seigneur de la Consécration, et Arjuna, Prince des Indes. Pour Noël, je vous souhaite à tous de devenir Bienheureuses ou Bienheureux, ce qui suppose, selon  ce qu'indique le chapitre XVI :



1  « Le  courage,  la  purification de  l’âme,  la  persévérance  dans  l’Union mystique de la science, la libéralité, la tempérance, la piété, la méditation, l’austérité, la droiture ;
  
2 L’humeur  pacifique,  la  véracité,  la  douceur,  le  renoncement,  le  calme intérieur, la bienveillance, la pitié pour les êtres vivants, la paix du cœur, la mansuétude, la pudeur, la gravité ;

3  La force, la patience, la fermeté, la pureté, l’éloignement des offenses,  la  modestie  :  telles  sont,  ô  Bhârata,  les  vertus  de  celui  qui  est  né dans une condition divine.



Personnellement, je pense que ça va être dur. Mais pour celles et ceux qui auront la sagesse de persévérer, voici ce qui les attend avec les paroles qui concluent la Bhagavad-Gîtâ (fin du XVIIIème et dernier chapitre) :



74      «  Ainsi,  tandis  que  parlaient  Vâsudêva  et  le  magnanime  fils  de  Prithâ, j’écoutais la conversation sublime qui fait dresser la chevelure. 

75      Depuis  que,  par  la  grâce  de  Vyâsa,  j’ai  entendu  ce  Mystère  suprême  de  l’Union  mystique  exposé  par  le  Maître  de  l’Union  lui-même, par Krishna : 

76    O mon roi, je me rappelle, je me rappelle sans cesse ce sublime, ce  saint  dialogue  d’Arjuna  et  du  guerrier  chevelu,  et  je  suis  dans  la  joie toujours, toujours. 

77    Et quand je pense, quand je pense encore à cette forme surnaturelle de Hari, je demeure stupéfait et ma joie n’a plus de fin. 

78    Là où est le Maître de l’Union, Krishna, là où est l’archer fils de Prithâ,    aussi  est  le  bonheur,  la  victoire,  le  salut,    est  la  stabilité  :  telle est ma pensée. »
 

dimanche 18 décembre 2016

Et vous applaudissez, admirez son effort

Voici un texte écrit et chanté par Gianni Esposito (1930-1974). C'est un ami de longue date et l'un des auteurs présents dans mon blog,Jo Conas qui me l'a remis en mémoire. Merci à lui. A dire vrai, je pense que je ne pourrai jamais être ami avec quelqu'un qui me dirait que cette chanson le ou la laisse de marbre. Je suis sûr que cette chanson plaisait à Jean Claude L., ce qui me donne l'occasion de rappeler qu'il nous a quittés il y a maintenant trois ans.


Le clown

S'accompagnant d'un doigt ou quelques doigts, le clown se meurt
S'accompagnant d'un doigt ou quelques doigts, le clown se meurt
Sur un petit violon et pour quelques spectateurs
Sur un petit violon et pour quelques spectateurs.

Ma chè n'ha fatto de male, sta povera creatura
Ma chè c'iavete da ridere e portaije iettatura!

D'une petite voix comme il n'en avait jamais eue
D'une petite voix comme il n'en avait jamais eue
Il parle de l'amour, de la joie sans être cru.

Se voi non comprendete, si vous ne comprenez pas
Se voi non comprendete, si vous ne comprenez pas
Almeno non ridete, au moins ne riez pas!
Almeno non ridete, au moins ne riez pas!

Ouvrez donc les lumières puisque le clown est mort
Ouvrez donc les lumières puisque le clown est mort
Et vous applaudissez, admirez son effort
Et vous applaudissez, admirez son effort.