"L'état d'esprit du soleil levant est allégresse malgré le jour cruel et le souvenir de la nuit. La teinte du caillot devient la rougeur de l'aurore" René Char, Les Matinaux"
dimanche 19 février 2017
Poème sans mots, mais pas muet
Enàn Burgos (1957) est né en Colombie dans la région du fleuve Sinu. Il est poète, peintre et homme de théâtre. Il vit près de Montpellier. Voici un poème sans mots :
dimanche 12 février 2017
Le tyran, la poupée, femme fatale
Cesario Verde (1855-1886) est un poète portugais dont la carrière d'auteur a été trop tôt interrompue par la tuberculose. C'est un poète du réel et du quotidien qui a surtout été publié après sa mort à l'initiative d'un de ses amis, Silva Pinto. Il n'a pas été vraiment compris de son vivant mais son style a marqué un tournant dans la poésie de son époque. Le poème qui suit montre bien le style de ce poète et il a été très bien traduit par Elodie Dupau.
E mais fria e insensível que o granito,
E que eu que passo aí por favorito
Vivo louco de dor e de martírio.
Contam que tens um modo altivo e sério,
Que és muito desdenhosa e presumida,
E que o maior prazer da tua vida,
Seria acompanhar-me ao cemitério.
Chamam-te a bela imperatriz das fátuas,
A déspota, a fatal, o figurino,
E afirmam que és um molde alabastrino,
E não tens coração, como as estátuas.
E narram o cruel martirológio
Dos que são teus, ó corpo sem defeito,
E julgam que é monótono o teu peito
Como o bater cadente dum relógio.
Porém eu sei que tu, que como um ópio
Me matas, me desvairas e adormeces,
És tão loura e dourada como as messes
E possuis muito amor... muito amor-próprio.
Vaniteuse
On dit que tu es pure comme un lys
Et plus froide et dure que le granit,
Fou de martyre et de douleur je vis.
On conte que tu es sérieuse, altière,
Pleine de prétention et de mépris,
Et que le plus grand plaisir de ta vie
Serait de m'escorter au cimetière.
On t'appelle impératrice des fières,
Le tyran, la poupée, femme fatale ;
Tu es, dit-on, un beau moule d'albâtre,
Dépourvue, telle une statue, de coeur.
On narre le cruel martyrologe
De ceux que tu fais tiens, ô corps parfait,
On suppose que ton coeur régulier
Bat aussi monotone qu'une horloge.
Mais moi je sais que comme l'opium toi,
Tu me tues, me rends fou et puis m'endors,
Comme les blés, que tu es blonde et d'or,
Avec beaucoup d'amour... d'amour pour toi.
Vaidosa
Dizem que tu és pura como um lírioE mais fria e insensível que o granito,
E que eu que passo aí por favorito
Vivo louco de dor e de martírio.
Contam que tens um modo altivo e sério,
Que és muito desdenhosa e presumida,
E que o maior prazer da tua vida,
Seria acompanhar-me ao cemitério.
Chamam-te a bela imperatriz das fátuas,
A déspota, a fatal, o figurino,
E afirmam que és um molde alabastrino,
E não tens coração, como as estátuas.
E narram o cruel martirológio
Dos que são teus, ó corpo sem defeito,
E julgam que é monótono o teu peito
Como o bater cadente dum relógio.
Porém eu sei que tu, que como um ópio
Me matas, me desvairas e adormeces,
És tão loura e dourada como as messes
E possuis muito amor... muito amor-próprio.
dimanche 5 février 2017
Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ?
René-Guy Cadou (1920 - 1951) était un instituteur du pays nantais, fils d'instituteurs. Son épouse Hélène écrivait aussi des poèmes (voir le site qui leur est consacré : http://www.cadou-poesie.net/) . René-Guy écrivait sur son enfance, sur la nature, sur la fraternité... et contre Paris qu'il détestait.
- Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ?
- Mais l’odeur des lys ! Mais l’odeur des lys !
- Les rives de la Seine ont aussi leurs fleuristes
- Mais pas assez tristes oh ! pas assez tristes !
Je suis malade du vert des feuilles et des chevaux
Des servantes bousculées dans les remises du château
- Mais les rues de Paris ont aussi leurs servantes
- Que le diable tente ! que le diable tente !
Mais moi seul dans la grande nuit mouillée
L’odeur des lys et la campagne agenouillée
Cette amère montée du sol qui m’environne
Le désespoir et le bonheur de ne plaire à personne
- Tu périras d’oubli et dévoré d’orgueil
- Oui mais l’odeur des lys la liberté des feuilles !
Hélène ou le Règne végétal, Paris, Seghers, 1952
- Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ?
- Mais l’odeur des lys ! Mais l’odeur des lys !
- Les rives de la Seine ont aussi leurs fleuristes
- Mais pas assez tristes oh ! pas assez tristes ! Je suis malade du vert des feuilles et des chevaux
Des servantes bousculées dans les remises du château
- Mais les rues de Paris ont aussi leurs servantes
- Que le diable tente ! que le diable tente !
Mais moi seul dans la grande nuit mouillée
L’odeur des lys et la campagne agenouillée
Cette amère montée du sol qui m’environne
Le désespoir et le bonheur de ne plaire à personne
- Tu périras d’oubli et dévoré d’orgueil
- Oui mais l’odeur des lys la liberté des feuilles !
Hélène ou le Règne végétal, Paris, Seghers, 1952
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